Caserne Mellinet à Nantes : où en est la transformation de l'ancien site militaire ?

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le jeudi 06 août 2026

[ mis à jour le jeudi 06 août 2026 ]

SOMMAIRE

Plus de quinze ans après le départ de l'armée, l'ancienne caserne Mellinet, à Nantes, se transforme en quartier habité. Sur 13,5 hectares, 342 logements ont été livrés en 2025, cinq nouveaux programmes sont engagés ou programmés, et une friche culturelle ouvrira début 2027. Le point d'étape, hameau par hameau.

Un ancien site militaire de 13,5 hectares reconverti en quartier

Après que l'armée ait quitté les lieux en 2010, il restait un vaste terrain clos à l'est du centre-ville, entre le quartier Saint-Donatien et la rue du Général-Buat. Nantes Métropole en a fait l'un de ses grands projets urbains, confié à Nantes Métropole Aménagement sur la période 2017-2030.

Le programme tient en trois chiffres : Treize hectares et demi, 1 700 logements attendus d'ici 2030, et 21 000 m² d'équipements publics et d'activités économiques. Le tout réparti en six hameaux, ces micro-quartiers qui sortent de terre l'un après l'autre plutôt que d'un seul bloc, comme le détaille la fiche de présentation du projet urbain publiée par Nantes Métropole.

La ZAC (zone d'aménagement concerté) Mellinet repose sur une règle de répartition stricte. 70 % des logements relèvent du locatif social ou de l'accession abordable, le reste en accession libre. Un choix assumé par la collectivité dans une ville où la demande de logement social reste massive : Nantes Métropole recense plus de 38 000 demandes de logement social en attente sur son territoire.

Le patrimoine militaire n'a pas été rasé. Une vingtaine de bâtiments anciens sont conservés et transformés en bureaux ou en ateliers d'artistes. L'aménageur a même fait de la démolition un temps fort du projet, avec le réemploi de six grandes catégories de matériaux issus des bâtiments détruits : pavés, pierres de taille, moellons, bordures de granit, ardoise et poutres en bois, réinjectés dans le mobilier et les sols des espaces publics. Un muret ou un banc du futur quartier peut tout à fait porter la trace d'un mur de caserne.

342 logements livrés en 2025, cinq programmes engagés ou programmés

Les premiers habitants sont arrivés en juillet 2020, dans le hameau Chapus, encore en chantier l'année précédente. Les livraisons se sont ensuite enchaînées. Point d'orgue récent : cinq opérations livrées à différentes dates au cours de l'année 2025 et présentées collectivement lors d'un temps fort le 14 juin, comme le retrace le point d'étape de la métropole sur les logements et équipements livrés.

« La livraison de 342 logements, ça n'arrive pas souvent surtout dans ce contexte tendu à Nantes comme ailleurs », soulignait alors Thomas Quéro, adjoint à la maire chargé de l'urbanisme. Il ajoutait que leur diversité, « incluant des logements sociaux et de l'accession abordable, doit permettre à chacun d'avoir sa place dans ce quartier ».

Cinq nouveaux programmes sont déjà engagés ou programmés, pour environ 330 logements supplémentaires d'ici 2028 selon la métropole. Même recette que les précédents, avec des commerces et des locaux d'activités en pied d'immeuble. En juin 2026, deux de ces chantiers étaient déjà visitables, d'autres attendent encore leur première pierre.

Deux opérations illustrent ce virage :

Surface du site13,5 hectares
Départ de l'armée2010
Logements à terme (2030)1 700
Répartition35 % social / 35 % accession abordable / 30 % libre
Équipements et activités21 000 m²
Nombre de hameaux6
Logements livrés en 2025342
Logements attendus d'ici 2028≈ 330
Coût de la friche culturelle (bâtiment 63)9,2 M€ TTC

Données Nantes Métropole et Nantes Métropole Aménagement, 2025-2026.

Une école, un Ehpad, un centre d'hébergement : le quartier se dote de services

Le projet de Mellinet vise un quartier ouvert et mixte, avec les fonctions qui font tenir une ville debout. L'école Alice-Guy, ouverte sur le quartier, a été livrée dès 2022. Une crèche associative de 45 places, installée dans le programme neuf Elogia, accompagne les nouvelles familles.

Un centre d'hébergement pour personnes en grande précarité, piloté par l'association Aurore, a ouvert à l'automne 2024. Côté grand âge, la résidence Marianne, réalisée par Harmonie Habitat, a été livrée en avril 2026. Elle réunit 101 logements, dont 81 pour personnes âgées dépendantes et 10 pour personnes âgées autonomes.

Le détail qui dit tout de l'intention : au dernier étage de cet Ehpad, 10 logements meublés à loyer modéré sont réservés à des étudiants des filières santé et médico-social. Des futurs soignants logés au-dessus de leurs aînés : ici, le lien intergénérationnel n'est pas un slogan mais un plan de masse.

Enfin, un hôtel d'entreprises accueille de jeunes sociétés, et les anciennes écuries sont devenues, en mai 2025, un pôle des arts du feu réunissant notamment un maître verrier et un céramiste. Le nom des lieux, « Les Petites Écuries », rappelle l'usage militaire d'hier.

Le bâtiment 63 transformé en friche culturelle début 2027

Le bâtiment 63, l'un des symboles du quartier, est un ancien casernement de 1910 qui se mue en friche culturelle « à la croisée des arts » pour les besoins du projet. L'opération, portée par la Ville de Nantes, coûte 9,2 millions d'euros TTC. Les équipes s'installent progressivement dans les 2 000 m² à compter d'octobre 2026, pour une ouverture officielle début 2027.

Le rez-de-chaussée abritera un bar-restaurant ouvert sur le quartier. Aux étages, des studios d'enregistrement, un fablab de création numérique et des studios de danse portés par des associations locales. L'architecte en charge du chantier, Malo Bottani (agence Titan), résume la ligne suivie : « L'état d'esprit de cette réhabilitation, c'est la sobriété, l'économie de moyens et le respect de l'identité de ce bâtiment d'une grande qualité architecturale. » La caserne devient lieu de fête sans renier ses murs.

Un autre lieu a déjà pris ses marques. Depuis septembre 2025, le Living Museum s'est installé dans la manufacture collaborative ICI Nantes. Ce tiers-lieu offre un espace de création aux personnes fragilisées par un trouble psychique, le premier du genre en France, sur le modèle new-yorkais né dans les années 1980. Sa cofondatrice, la psychologue Fabienne Chavane Hubert, en défend le principe : « Ce n'est pas de l'art thérapie, il n'y a pas de soignants. L'art est soignant. Le contraire de la dépression, c'est l'expression. » L'espace accueille 90 artistes, dont 60 réguliers.

Parc Anna-Philip, jardins familiaux : la nature gagne du terrain

Le quartier se veut également vert et marchable. Les nouveaux habitants disposent du parc Anna-Philip et de jardins familiaux, dont 18 parcelles ont été aménagées. Le projet fait la part belle aux mobilités actives.

Le parc Anna-Philip s'étend en 2026 avec de nouvelles plantations, et une aire de jeux s'installe en septembre, face à l'école Alice-Guy. Elle a été conçue avec les enfants du quartier, leurs parents et les habitants : toboggan, parcours d'équilibre, structures en bois, espace arboré et cheminement piéton. La concertation, ici, descend jusqu'au bac à sable.

Cette méthode participative dépasse les espaces publics. À l'ouest du site, le hameau Paladines accueillera une résidence de 59 logements en locatif social et BRS, portée par le bailleur Habitat 44, dont les futurs occupants co-conçoivent les espaces communs depuis septembre 2024. « Ils décident des usages des espaces communs, une salle, des coursives, une laverie, et des règles de vie », explique Aurélie Moreul, chargée de vente chez Habitat 44. Le chantier démarrerait au second semestre 2027, pour une livraison fin 2029.

Mellinet à l'horizon 2030 : un quartier encore à moitié écrit

À mi-parcours, une large part des 1 700 logements reste à construire, et l'objectif de 2030 laisse quatre ans de chantiers avant les phases suivantes.

En regardant la caserne Mellinet, Nantes teste une manière de faire la ville sur elle-même : recycler un foncier public, garder les murs qui ont une histoire, et loger d'abord ceux qui peinent à se loger. Le même pari anime, ailleurs dans la métropole, la reconversion attendue de l'ancien Hôtel-Dieu, autre grand site en mutation du centre-ville. Pour ceux qui suivent l'immobilier neuf dans la métropole nantaise, l'ancien site militaire n'a pas fini sa métamorphose, mais il est déjà, par endroits, un quartier où l'on habite.

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