Nantes et l'urbanisme écologique : l'agriculture arrive en ville !

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Publié le 23 novembre 2018 par

Gilles Vidotto Avatar Gilles VIDOTTO

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La métropole nantaise est inscrite depuis plus de vingt ans dans une démarche résolument écologique. Tous ses plans d’urbanisme s’attachent à associer continuellement la nature au déploiement urbain, et à préserver les lieux de biodiversité.

Le 8 octobre, l’ONG Greenpeace a rendu son rapport spécial sur le réchauffement planétaire, pour lequel elle a travaillé sur le sujet de la mobilité en France. Nantes arrive bien dans le trio de tête des villes les plus à la pointe pour développer une mobilité durable, après Strasbourg et Paris.

Seule ville d’Europe à posséder une zone naturelle classée Natura 2000 en plein centre-ville, la Petite-Amazonie, Nantes est aussi la seule ville de France à s’être vue élire Capitale Verte européenne, en 2013. Gérant l’entièreté de ses parcs et jardin (une centaine dans toute la ville !) sans produits phytosanitaires, la municipalité tient également à accorder un soin particulier aux rives de ses fleuves de sa ville à la fois verte et bleue.

Quand l’UNEP (l’Union nationale des entreprises du paysage) la distingue comme « ville de France qui investit le plus dans le développement de son patrimoine végétal » (consacrant en moyenne 135 euros par an et par habitant à l’entretien et à l’aménagement de ses espaces verts, soit trois fois plus que la moyenne nationale, chiffrée à 46,50 euros), sa maire Johanna Rolland répond en redoublant d’ambition. Elle est déterminée à en faire une « ville dans un jardin », en tissant une continuité nouvelle entre tous ses espaces verts. Sa grande étoile verte devra ainsi ouvrir une ballade, aux humains mais aussi aux animaux de l’aire urbaine, du Jardin des plantes à l’Arbre aux Hérons, sur l’île de Nantes.

Rien d’étonnant donc à ce que les démarches d’agriculture urbaine fleurissent dans la cité, mais il y a toujours lieu de s’en réjouir. D’autant que le dernier projet en date dans la Métropole se sert de l’agriculture urbaine comme d’un levier à l’inclusion, et à la reconquête des quartiers défavorisés, venant s’ajouter aux maintenant nombreuses fermes de la ville elles-mêmes inscrites dans cette démarche. En parallèle, la municipalité a voté un plan d’un nouveau genre, le « plan alimentaire territorial », visant à structurer l’alimentation, de la production à la consommation, autour d’une perspective à la fois locale et durable.

Une nouvelle ferme urbaine pour changer les quartiers difficiles

Le concept de ferme urbaine a commencé de se développer en France dans le courant des années 2000. Venu des Etats-Unis, il consiste à ramener l'agriculture en ville, mouvement des plus nécessaires dans une époque où la désertification des campagnes et l’urbanisation galopante tend à éloigner de plus en plus les consommateurs des agriculteurs, et des produits qu’ils consomment.

Nantes s’est montrée pionnière en la matière, et son récent projet des 5 Ponts se fait un peu le symbole de cet engagement de la ville. Prévoyant d’ouvrir les habitants à l’agriculture en les fédérant autour d’une serre de 600 m² et d’une terrasse de 200m², trônant aux derniers étages des bâtiments.

Le dernier projet en date est prévu dans un quartier de Bellevue, à la Harlière, rue de l’Orne. Ce sera une mini-ferme à taille humaine, créée par partenariat entre le bailleur social Atlantique Habitations et l’association Riche Terre, et grâce au soutien du Fonds pour l’innovation sociale.

Abdel Zibar, Directeur de l’association, a voulu donner un souffle nouveau à ce quartier à cheval entre Nantes et Saint-Herblain, au cœur d’une vaste opération de rénovation urbaine, où tous les indicateurs sociaux sont au rouge. Dans ce contexte, « la petite ferme urbaine de Bellevue » porte de grandes ambitions pour redorer son image et offrir de nouvelles perspectives aux habitants. A terme, ce projet vise à créer de l’emploi et à améliorer l’image du quartier.

Déjà en activité, la mini-ferme de Bellevue produit des légumes, des aromates, des fruits des bois, mais elle élève aussi des poules, des moutons et des lombrics.

Cette ferme urbaine développe un nouveau mode de vie, et engage une approche différente pour la redynamisation du quartier. Animations autour de la sensibilisation au développement durable et à l’environnement, volonté éducative et pédagogique, valorisation du développement économique local du quartier, la ferme se veut aussi et surtout fournir aux habitants de bons produits à bas prix, actant la nécessité de se servir de l’agriculture urbaine comme d’un levier de reconquête d’une justice sociale, ne serait-ce que dans l’accès à l’alimentation.

Le but ? Une transition en douceur vers l’autonomie alimentaire, permettant une moindre dépendance aux produits de consommation grâce à la production de sa propre nourriture. Moins dépendant et presque autosuffisant, le quartier Bellevue commence ainsi à offrir des aliments locaux, gratuits ou plus accessibles avec notamment l’ouverture d’un magasin et d’une serre solidaire.

Les techniques de culture ont elles-mêmes été choisies avec soin : la permaculture, et le compostage collectif aux lombrics des déchets du voisinage, permettent à la fois une valorisation des déchets et une vue sur le long terme des plantations. Et grâce notamment à la récupération de marc de café pour la culture des champignons, la ferme urbaine participe au maintien de la biodiversité végétale et animale en créant des terres de qualité, tout en refusant les produits chimiques. Elle favorise ainsi également la consommation de produits plus sains et nutritifs, et sa mise à disposition d’une population qui n’en a pas toujours les moyens.

Enfin, en incluant les élèves du collège Ernest Renan dans la confection des bacs de plantation et en organisant des ateliers de plantation et de jardinage, la ferme de la Harlière entend recréer du lien social, de l’activité, de la verdure et de la qualité de vie dans le quartier, tout en sensibilisant de manière pédagogique les jeunes sur les enjeux de l’alimentation, de la nature en ville et de l’environnement.

En se montrant toujours plus attractif et inclusif, ce projet de ferme urbaine a tout pour plaire aux habitants.

Les quatre fermes urbaines de Doulon-Gohard

Dans le quartier Doulon-Gohard, voilà plusieurs années que les fermes urbaines sont en gestation. Articulé autour d’anciens corps de fermes, le projet agricole vise d’abord l’installation de trois fermes sur 8 hectares, qui devraient ouvrir au public à l’horizon 2020.

Saint-Médard, La Louëterie, Bertho et Bois des Anses, vont ainsi accueillir nombre d’exploitants agricoles aux projets variés. A l’heure d’aujourd’hui, c’est le projet de la ferme de Saint-Médard qui est le plus avancé. Sous réserve d’un accès à un point d’eau, l’activité de maraîchage devrait débuter dès cette année.

« Dans deux ans, ce sera une vraie ferme. Mais comme on est en pleine ville, le site de maraîchage sera ouvert aux citoyens, aux consommateurs, aux habitants. »
Dominique Barreau, chef de projet agriculture à Nantes Métropole

Le projet urbain Doulon-Gohards s’inscrit dans la dynamique du grand quartier Doulon Bottière, à l’Est de Nantes. Implanté sur 180 hectares d’anciennes terres maraîchères, le projet s’appuie sur ce patrimoine pour fabriquer un nouveau quartier mixant agriculture urbaine, espaces naturels, logements et services.

A terme, la zone devra accueillir 2500 à 3000 logements, et constituer une respiration face à la densification urbaine du territoire.

Le projet des fermes de Doulon, résumé en quelques grands points par la Métropole :

Avec la démultiplication récente de ce genre de projets, et l’exhaustivité des besoins qu’ils couvrent, il est à prévoir que les villes se peuplent de plus en plus d’agriculteurs en herbe.

« Il y a des besoins partout, restaurer la biodiversité, produire de l'alimentation et du lien social. Les campagnes se meurent, les campagnes se vident, les petits bourgs sont devenus des cités-dortoir. On peut imaginer des micro-fermes comme cela partout, je pense que c'est un succès assuré. »
Mickaël Hardy, maraîcher urbain, fondateur de Perma G'Rennes, installé sur le site de la Prévalaye
©DANG Tuan Minh - Shutterstock

« Un plan métropolitain pour manger local et durable »

Ce vendredi 5 octobre, la métropole nantaise a adopté un Plan alimentaire territorial (le PAT), qui fait l’objet d’une réflexion depuis longtemps maintenant. « Le Pat vise à mettre tout le monde autour de la table, de la production à la consommation », explique Dominique Barreau, chef de projet agriculture à Nantes métropole, qui travaille sur le dossier depuis deux ans. L’objectif ? Raccourcir le chemin des produits de la ferme à la cuisine des Nantais.

Des engagements forts pour une alimentation durable

Côté consommateur, il s’agit de l’inciter à acheter des produits du bassin nantais plutôt que des denrées d’import. Côté agriculteur, il vise à l’aider à vendre plus facilement sa production, au plus près de sa ferme. En mettant en place ce PAT, Nantes veut aussi aider ses habitants à y voir plus clair sur ce qu’ils mangent.

Ce plan d’un genre nouveau est sûrement celui qui aura fait consensus le plus facilement. Ce Conseil Métropolitain de début octobre a vu les élus de l’agglomération voter à l’unanimité, et sous les applaudissements, ce plan alimentaire territorial. Il a aussi été l’occasion d’une présentation de la feuille de route qui l’accompagne, et s’articule autour de huit engagements :

Un plan qui vient répondre à une demande exprimée par les citoyens nantais, las de la distance de la production à la consommation, rendant impossible toute traçabilité : « Les habitants veulent reprendre le contrôle de leur assiette et de leur chariot » , a résumé le vice-président de Nantes métropole, Jean-Claude Lemasson, en charge de l’agriculture périurbaine.

Le Pat, créateur d’emplois pérennes

Dans le même temps, la Métropole annonce la création d’un Observatoire de l’alimentation, dont la responsabilité a été confiée à l’Auran, l’Agence d’urbanisme de la région nantaise, qui vient déjà de publier une première étude sur le sujet.

Le projet alimentaire territorial prévoit aussi le soutien à l’installation de nouveaux producteurs sur le territoire, qui compte déjà 13 694 ha de surfaces exploitées, dont 450 défrichés depuis 2009.

« Un appel va être lancé pour accueillir de nouvelles exploitations sur douze nouveaux sites » , annonce Jean-Claude Lemasson, Vice-Président de Nantes Métropole délégué à l’Agriculture périurbaine. Les candidats intéressés peuvent se faire connaître via le site de Nantes métropole jusqu’au 30 novembre, en présentant un projet qui partage les objectifs du Pat.

Un appel qui donnera lieu à une création d’emplois soutenus par la Métropole : « Il s’agit là d’emplois pérennes, et non délocalisables », souligne le conseiller métropolitain PS Thomas Quéro.

Les autres objectifs du Pat

Le Pat ambitionne aussi de soutenir une montée en puissance de la filière bio, qui représente déjà 17 % des surfaces cultivées de la métropole (contre 6 % sur le plan national). En parallèle, la mise en place d’une signalétique « produits locaux » dans les restaurants et sur les marchés doit permettre aux Nantais de mieux s’y retrouver. Sans compter l’organisation d’un Défi « famille à alimentation positive », sur le modèle de ce qui existe déjà pour l’énergie. Il invite ses participants à mettre dans leur assiette davantage de produits sains, de saison, et locaux, sans pour autant augmenter leur budget.

Si les élus Verts demandent la mise en place d’objectifs chiffrés, ce sera pour la prochaine étape : ils seront fixés d’ici octobre 2019 et la prochaine édition du Nantes Food Forum.

Un plan inscrit dans une démarche d’économie circulaire

Ce plan veut remplir un objectif triple : produire local, manger local, et traiter localement les déchets. Il forme donc une boucle.

A ce titre, le Pat figure dans une autre délibération votée ce vendredi par le Conseil, également à l’unanimité. La Métropole a en effet voulu acter également son entrée dans l’économie circulaire, et sa sortie du schéma linéaire « on produit, on consomme, on jette ».

Nantes entend notamment faire entrer dans la boucle d’autres éléments que les stricts déchets alimentaires. A commencer par ceux du secteur du bâtiment, qui produit huit fois plus de déchets que les ménages. « Il faut travailler sur nos commandes publiques pour faire émerger le BTP durable », a ainsi plaidé Mahel Coppey, la Vice-Présidente de Nantes métropole en charge de l’économie circulaire.

Dans cette optique, la ZAC de Pirmil-les-Isles devrait servir d’exemple vertueux, avec ses bâtiments conçus comme « bibliothèques de matériaux », qui devront permettre, à terme, une déconstruction sélective, et donc une modularité du bâti.

Sources :

[ En Résumé ]

A Nantes, les démarches d’agriculture urbaine fleurissent plus que jamais, voulant satisfaire un double objectif : s’inscrire dans une démarche d’économie circulaire, sociale et solidaire, et dans une perspective de production et d’alimentation durable, saine, qualitative et raisonnée. Tandis que le dernier projet en date dans la Métropole se sert de l’agriculture urbaine comme d’un levier à l’inclusion, et à la reconquête des quartiers défavorisés, plusieurs fermes sont également en train de voir le jour dans le quartier de Doulon. En parallèle, la municipalité a voté un plan d’un nouveau genre, le « plan alimentaire territorial », visant à structurer l’alimentation, de la production à la consommation, autour d’une perspective à la fois locale et durable.

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