Agriculture urbaine : 2 nouvelles fermes urbaines dans les quartiers nord de Nantes

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Avatar de l'auteur "Sophie Castella" Sophie Castella

le 05 mai 2021

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Elles poussent comme des champignons. Petites parcelles de terre exploitables à Doulon en 2018, potager solidaire sur l’île de Nantes… Ces fermes urbaines s’invitent de plus en plus dans nos villes. Parmi elles, Nantes, qui a récemment remporté l’appel à projet “Quartiers fertiles” lancé par l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU).

Pour favoriser l’insertion professionnelle dans les quartiers en pleine mutation, ce sont 2 projets atypiques qui verront le jour d’ici 2022 dans le parc des Dervallières avec une ferme maraîchère et dans le nord de Nantes avec une serre-pépinière ainsi qu’un potager. Décidemment, l’agriculture urbaine n’a plus aucun secret pour Nantes, qui depuis quelques années déjà s’est engagée dans des démarches eco-friendly, notamment avec la Petite Ferme Urbaine du quartier Bellevue à Saint-Herblain.

En lien direct avec les quartiers investis par l’immobilier neuf à Nantes, ces fermes auront pour objectif de favoriser l’accès à l’emploi dans le quartier et de pouvoir offrir des lieux dédiés aux activités agricoles. Zoom sur les initiatives en cours.

Des légumes bios et des emplois créés aux Dervallières

Premier projet : insérer une ferme maraîchère sur 1 à 1,5 hectare du parc des Dervallières. Espace peu utilisé dans ce vaste parc, le lieu aura non seulement une vocation de culture agricole mais aussi d’insertion professionnelle puisque l’idée est aussi de créer 14 emplois.

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Porté par les résidents et acteurs du quartier, l’objectif est de pouvoir produire des légumes bios directement destinés à ses habitants. Un système de commercialisation solidaire est d’ailleurs à l’étude pour permettre de faire perdurer le modèle.

Vecteur d’activités, la production permettrait aussi de créer des tiers-lieux au sein du quartier : restaurant solidaire, atelier de transformation...

Pour favoriser les animations pédagogiques et l’insertion professionnelle, la ferme sera gérée par une structure dédiée. Entre autres, initiation au jardinage, à l’alimentation et éducation sur l’environnement, assurées par les associations du quartier : “une opportunité professionnelle nouvelle pour les habitants qui permettra de se former aux métiers du maraîchage et de l’animation” souligne Pierre Quénéa, vice-président Nantes Métropole en charge de la politique de la ville.

Une serre-pépinière et des potagers solidaires dans le Nord de Nantes

Deuxième projet : une nouvelle ferme à quelques pas de Dervallières, la “Nantes Nord fertile”. L’installation devrait débuter cet été et s’articulera autour de 2 espaces : une serre-pépinière de 400 m² sur le toit d’un immeuble de Nantes Métropole Habitat et plusieurs potagers “solidaires” et collaboratifs.

Labellisé NantesCityLab*, ce programme immobilier porté par plusieurs acteurs de la métropole dont un cabinet d’architecte, a une véritable visée énergétique. Grâce au potentiel solaire de ses toitures et aux serres bioclimatiques qui y seront installées, le bâtiment pourra directement capter l’énergie afin de pouvoir chauffer l’eau chaude sanitaire.

Le NantesCityLab* est un dispositif lancé en 2017 dont l’objectif est d’expérimenter des initiatives urbaines innovantes tout en s’inscrivant dans des démarches de transition énergétique et d’économie circulaire.

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En plus de son rôle de récupérateur d’énergie, la serre aura aussi vocation à devenir un espace partagé pour les locataires de l’immeuble. Ils y ont d’ailleurs suggéré des activités dédiées au potager ainsi qu’aux repas entre familles et voisins.

Luc Stephan, directeur Innovation du bailleur social explique que le programme, appelé “Symbiose” aura une double vocation :

« Produire des plants horticoles et maraîchers et valoriser l’énergie produite pour chauffer l’eau de l’immeuble. Les plants seront vendus pour les jardins familiaux et des jardins solidaires en pleine-terre seront créés pour offrir aux habitants du quartier de nouveaux lieux de convivialité et de consommation de fruits et légumes frais. »

Au pied de l’immeuble, c’est un premier potager de 300 m² qui a poussé dès l’été 2020, animé par l’association Bio-T-Full.

Ferme urbaine : un concept déjà éprouvé par la métropole

Nantes Métropole n’en est pas à son premier coup d’essai en matière d’agriculture urbaine. Quatre fermes urbaines avaient déjà vu le jour dans le quartier Doulon-Gohard. Ce projet ambitieux s’inscrivait dans l’une des nombreuses démarches entreprises par la métropole pour requalifier le quartier, en plus de la création de 2 500 à 3 000 logements neufs.

Autre lieu d’implantation, l’île de Nantes, où le village solidaire 5Ponts a lui aussi fait l’objet de l’installation d’une serre de 600 m² et d’une terrasse de 200 m² trônant aux 2 derniers étages. Conçu comme un lieu d’accueil pour les personnes en situation de grande difficulté, l’immeuble abrite aussi des logements sociaux. Porté par La SAUGE (Société d’Agriculture Urbaine Généreuse et Engagée), les plants de 5Ponts sont destinés aux habitants de Nantes Métropole et les jardiniers en herbe désireux de produire leur propres légumes et aromates en circuit court. En rez-de-chaussée, les légumes seront proposés à la vente à l’ensemble des habitants du quartier.

L’Agronaute, une ferme éphémère pensée pour tous

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Pensée commun lieu de transition, l’Agronaute invite les nantais à “mettre joyeusement l’agriculture urbaine à table”. Deuxième ferme créé par La SAUGE, le projet porte l’ambition de passer d’un système “écolocide” à une société écologique. Située sur l’ancien MIN (Marché d’intérêt national) de l’île de Nantes, la ferme s’adresse à tous les publics : familles, jardiniers en herbe, curieux, start-ups, agriculteurs, associations, cuisiniers...

Parmi les activités proposées, entres autres, jardinage le jeudi, ateliers d’initiation le week-end et évènements récréatifs : salons du Vin, vente de produits équitables, conférences et animations culturelles... Un bar est même ouvert à tous.

La SAUGE, acteur engagé pour l’agriculture urbaine

Elle porte fièrement son nom. Cette association créée en 2015 par deux amis passionnés de jardinage a accompagné la plupart des projets d’agriculture urbaine à Nantes mais aussi en Île-de-France. Ce “hobby amical” a rapidement pris d’assaut les 2 villes pour y créer des lieux partagés dont les jardins de Ground Control, suivis du lancement de la première ferme urbaine à Bobigny.

Couronnées de succès, depuis 5 ans, les initiatives de la SAUGE ont attiré près de 200 000 visiteurs, curieux de venir mettre les mains dans la terre.

Savez-vous planter des choux ?

”Que tout le monde jardine 2 heures par semaine”. C’est le crédo de la SAUGE pour reconnecter les citoyens à leur alimentation par une activité agricole régulière.

Pour ce faire, l’idée est d’insuffler de nouvelles dynamiques : initiation au jardinage, sensibilisation au cycle des saisons, à l’écologie et au recyclage... Créer du lien autour de la nature permet aussi de déclencher “certains petits gestes” et des “prises de conscience positive”.

Cultiver les savoir-faire indispensables. Engagement revendiqué par l’association, transmettre la connaissance pratique des rudiments de l’agriculture et de la botanique est aujourd’hui plus que jamais d’actualité. À travers leurs actions, c’est une véritable réappropriation juste de la nature qui est proposée.

Fermes urbaines : concept bobo ou modèle d’avenir ?

Forme émergente de l’agriculture en milieu urbain et périurbain (AUP), les modes d’usage que l’on prêtait autrefois à la ferme ont peu à peu conquis nos immeubles. Potagers, jardins partagés et même poulaillers, le concept est d’autant plus soutenu par les grandes métropoles à l’heure de l’urgence climatique et de la raréfaction des espaces verts en ville.

Et si l’on prêterait facilement le concept aux bobos et aux aficionados de la permaculture, le concept n’est pourtant pas nouveau. Présent depuis l’Antiquité, la pratique est redevenue un enjeu sociétal pour le développement durable.

Cyril Mumenthaler, urbaniste et spécialistes des relations urbaine-rurale, évoque la nécessité de reconnecter les citoyens à la provenance de leurs assiettes :

« La grande distribution et l’industrie alimentaire ont progressivement éloigné les consommateurs, qui résident aujourd’hui majoritairement en milieu urbain. Ce retour à la terre n’est pas un effet de mode, ni le privilège des bobos ou des milieux alternatifs. Cultiver sa propre nourriture ou élever des poules est plutôt une forme de résistance et d’indépendance. »

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