Où en est le projet de l'îlot Saupin à Nantes ?

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Publié le 02 juin 2021 par

Sophie Castella Avatar de l'auteur "Sophie Castella"

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© Google 2021

Où vous en parlait déjà ! L’îlot Saupin fait l’objet d’une grande ambition urbaine de Nantes. Piscine nordique, rooftop, logements... Lancé en 2018 par Nantes Métropole, ce programme élevé sur 58 mètres de hauteur poursuit la continuité du projet EuroNantes, dont il est l’une des pierres angulaires. Initiée pour devenir un lieu phare du quartier, la tour verra le jour en 2024 et se situera à la confluence de l’Erdre et de la Loire, à la place de l’ancienne tribune du stade Marcel-Saupin.

Alors que le groupe Giboire remportait l’appel à manifestation d’intérêt en février 2019, on apprenait que Lina Ghotmeh Architecture, serait l’architecte de la tour. Site emblématique du patrimoine nantais, les travaux doivent commencer dès 2022. Retour sur les enjeux de ce projet atypique, qui viendra étoffer l’offre d’appartements neufs à Nantes.

Quel est l’intérêt de construire cette tour dans le quartier Malakoff - Prè Gauché

Quartier en pleine réhabilitation, Malakoff - Pré Gauchet bénéficie de nombreuses opérations visant à améliorer ses espaces publics ainsi que son parc immobilier, étant soumis à une forte tension immobilière. Peuplé de 3 574 habitants et connu pour ses espaces verts, la métropole a pour projet d’en faire un quartier beaucoup plus résidentiel et familial. Parmi les ambitions de Nantes Métropole :

  • Renouveler l’offre de logements par diverses opérations : réhabilitation, démolition et construction pour y favoriser la mixité.
  • Introduire de nouveaux modes d’usage en construisant des activités tertiaires et de nouveaux équipements et de petites zones commerciales attractives.
  • Restructurer l’espace public et proposer de nouveaux espaces verts.

Quels sont les enjeux du projet îlot Saupin ?

Loger, divertir et dynamiser. Tels sont les verbes qui peuvent le mieux définir les enjeux de l’îlot Saupin. Plus qu’une tour d’habitation, l’îlot s’inscrira aussi dans une démarche écologique affirmée. Pour répondre aux enjeux de la transition énergétique de la Ville et de Nantes Métropole, 65 % de la construction sera faite de bois et de matériaux biosourcés, histoire de réduire fortement l’impact carbone. Autre innovation, la fameuse piscine nordique, qui permettra quant à elle d’économiser 40 % d’émission de CO2 sur un cycle d’exploitation de 25 ans. Pensée pour les sportifs ou ceux en quêtent de détente, elle comprendra 6 couloirs de nage de 50 mètres.

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Pour les non-connaisseurs, ce type de piscine est déjà largement éprouvé dans les pays nordiques, d’où son nom. Ces bassins gagnent d’ailleurs de plus en plus de terrain dans nos pays latins et pour cause. Remplis d’une eau chauffée à 38-39 degrés, ils permettent à tous d’exercer une activité physique quel que soit le moment de l’année.

Plus qu’une attraction, le bassin nordique détient aussi un avantage majeur en matière d’écologie. Ils ne nécessitent aucune déshumidification ni chauffage de l’air ambiant (comme pour une piscine couverte par exemple). La somme économisée peut ainsi être affectée au chauffage de l’eau du bassin.

Ce chauffage peut être assuré de façon classique ou par chauffage urbain comme pour le bassin de l’îlot Saupin.

Un rooftop et des gîtes urbains

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Comme la Tour Eiffel a son Bar à Champagne, la Tour de l’îlot Saupin aura lui aussi sa petite guinguette en rooftop. Un bar qui prévoit de s’étendre sur 550 m² et qui offrira une vue imprenable sur la Loire, à 360°.

Autre petite nouveauté : des gîtes urbains, même concept qu’un gîte classique sauf que celui-ci se trouve en ville. À la différence d’une chambre d’hôtel, les locataires pourront s’y loger, y cuisiner et y prendre une petite pause-café avant de rejoindre la fameuse piscine sur le toit.

« Le rooftop est un espace privilégié avec une vue atypique à 360°, mais les futurs logements bénéficieront eux aussi de vues dégagées sur la Loire, la cale Saint-Félix et le stade, c’est très rare en cœur de ville. En habillage, la façade sera métallique avec des lames en aluminium anodisé dont les teintes, du cuivre au doré, se déclineront du plus sombre au plus clair jusqu’au sommet où la sous-face miroitante du surtoit rendra visible l’activité du rooftop. », explique Lina Ghotmeh, l’architecte du projet.

5 270 m² de logements neufs

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Si la tour apparaît quelque peu atypique sur le papier, elle proposera toutefois 62 logements neufs du T2 au T5 dont 75 % en accession libre et 25 % en accession abordable. Ce type d’accession est favorisée par le promoteur en charge de la construction ainsi que la municipalité pour permettre aux ménages ayant des revenus intermédiaires d’accéder à la propriété tout en profitant du confort du neuf.

En plus de ces 5 270 m² de logements, une tour de 50 mètres de haut accueillera une demeure urbaine de 5 chambres, décorées par des artistes nantais.

De nouveaux espaces publics pour une circulation fluide

Pour limiter l’impact écologique de l’augmentation du nombre de logements, la mobilité douce sera également favorisée. Pour ce faire, Nantes Métropole Aménagement configurera des espaces publics pensés pour faciliter l’accès à la passerelle Saint-Félix. Un parvis sera également dédié aux piétons et aux vélos.

Des espaces paysagers seront aussi créés pour offrir de nouveaux lieux de détente en bord de Loire. Quant à la piste cyclable Loire à vélo, elle sera élargie. Le Département pense même à créer une passe où circuleront poissons et anguilles entre l’Erdre et la Loire.

L’îlot Saupin dans la continuité d’EuroNantes

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Colossal ensemble urbain imaginé par Nantes Métropole, le projet EuroNantes poursuit sa transformation depuis 2007. L’ambition est, à terme, d’en faire un pôle d’affaires et de compétitivité européen sur la façade atlantique. Composé de programmes immobiliers de logements, d’hôtels de luxe, de commerces et de diverses activités économiques, le projet se concentre sur deux parties de la ville : le quartier de la Gare, établi atour du canal Saint-Félix, jouxtant le quartier Malakoff et sa gare et le quartier Tripode de l’île de Nantes.

Parmi les objectifs d’EuroNantes : créer 10 000 emplois sur une période de 10 ans, y construire plus de 500 000 m² de bureaux (un chiffre qui doit encore augmenter) d'où la nécessité de proposer plus de logements abordables mais aussi plus hauts de gamme.

Un phénomène qui s’apparente nécessairement à la gentrification, non pas pour écarter les habitants aux revenus modestes (puisque de nombreux lots sont proposés en accession libre et abordable) mais surtout pour attirer une population plus aisée.

Un projet qui ne plaît pas à tout le monde

Si l’îlot Saupin promet de devenir le nouvel espace “branché” du quartier, tout le monde ne voit pas le projet d’un très bon œil. En témoignent quelques rassemblements de riverains ces dernières semaines, notamment le vendredi 7 mai où ils étaient près d’une cinquantaine.

Fondée courant avril après la publication d’un avis d’enquête publique, l’association “Les Amis de la Confluence Erdre-Loire" met le doigt sur plusieurs problématiques du projet : risque de nuisance au quotidien, menace de l’écosystème environnant, pollution visuelle et sonore. L’idée du projet est pourtant d’édifier une tour dont les matériaux se voudront respectueux de l’environnement. Pas sûr que cet état de fait convainc tout le monde...

L’association a d’ailleurs sollicité l’ensemble des partis politiques sur la question, sans encore avoir eu de retour. Une question plus qu’épineuse puisque la tour vient aussi répondre au déficit de logements encore très présent à Nantes. La métropole apparaît d’ailleurs en quatrième position sur le podium des villes de France où la tension immobilière est la plus forte en mai 2021.

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