Les solutions mondiales en faveur du logement pour tous

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Publié le 31 mars 2021 par

Christelle Privat Avatar de l'auteur "Christelle Privat"

SOMMAIRE

Le 27 Mars dernier, lors du Housing action day, près de 400 personnes ont manifesté pour le droit au logement à Nantes. La manifestation qui a eu lieu dans plusieurs villes de France, avait pour but d’alerter les pouvoirs publics sur le coût du logement qui ne cesse de croître dans les grandes métropoles françaises, et sur le mal logement qui touche aujourd’hui une plus grande partie de la population. “Un toit c’est un droit” scandaient les manifestants qui regrettent amèrement le manque de mesures en faveur d’un logement pour tous en 2021.

Dans le même temps, 3 millions de logements seraient vacants dans le pays. Un état de fait difficile à comprendre, alors que les besoins en logements n’ont jamais été aussi grands. Même du côté de l’immobilier neuf à Nantes comme dans d’autres grandes villes françaises, l’offre de logements peine à rejoindre la demande, car la crise sanitaire a ralenti les chantiers.

Mais existe-t-il alors des solutions au problème du mal-logement ? Peut-être faut-il puiser l’inspiration au-delà de nos frontières ? Quelles sont aujourd'hui les solutions d’habitat social proposées au niveau mondial ?

Chaque acteur peut intervenir à son niveau et présenter des solutions innovantes. Les gouvernements et les politiques publiques peuvent agir sur le prix des loyers, et sur la facilitation à l’accès à la propriété (Prêt social, etc.). Les professionnels de la construction, peuvent imaginer de nouveaux logements novateurs plus accessibles aux populations aux revenus modestes et aux plus démunis. Les promoteurs immobiliers du neuf peuvent proposer des logements pour tous en VEFA qui constitue aujourd’hui le principal mode de production de l’habitat social.

Architecture
© gkatz - Shutterstock

L’exemple viennois et son habitat social pour tous

En Autriche, où l’interventionnisme d’État n’est pas un “gros mot”, 62 % de la population vit dans une habitation à loyer modéré. Selon un article du Monde « Toute personne habitant depuis au moins deux ans dans la ville et ne gagnant pas plus de 3 317,86 euros net par mois peut prétendre intégrer les quatre murs « repeints à neuf » d’une des 440 000 habitations municipales ! ».

Au sortir de la guerre, dès 1919, Vienne a misé sur l’habitat social. La ville est le principal bailleur du pays, et le plus gros propriétaire immobilier d’Europe avec 220 000 logements en sa possession. Si bien que le système permet de contenir les prix du logement, qui augmentent partout ailleurs dans les pays voisins.

9,60 euros le mètre carré en moyenne, contre 26 euros à Paris et 16,50 euros à Munich. Selon un documentaire TV “Vienne la Rouge”, laboratoire du logement social, diffusé sur ARTE.

Les logements proposés par le parc de la ville sont absolument modernes et disposent de tout le confort que l’on peut espérer. De plus, la mixité sociale au sein des quartiers est assurée. Dans un même bâtiment peuvent cohabiter des personnes aux revenus très confortables et d’autres aux revenus très modestes. Pour soutenir la politique de la ville, un impôt en faveur du logement pour tous met à contribution les plus riches et perdure depuis 1919.

Le logement privé, à sa place en Autriche, et les promoteurs de l’immobilier neuf proposent également des logements à loyers modérés, en échange d’une contrepartie financière distribuée par le gouvernement. Dans le même temps, la ville souvent plébiscitée pour sa qualité de vie mise sur la préservation des ressources et la durabilité des logements, des sujets intimement liés.

Vienne
© Moahim, CC BY-SA 4.0 httpscreativecommons.orglicensesby-sa4.0, via Wikimedia Commons

Le logement social à Amsterdam

Le logement social de demain sera sans doute durable, c’est pourquoi la banque européenne d’investissement a décidé dès 2017 d’octroyer un prêt de 200 millions d’euros à la société de logement d'Amsterdam pour la construction de logements plus économes en énergie, à destination des foyers modestes.

Aux Pays bas le logement social représente pas moins de 35 % du parc du logement, et dans certaines villes comme Amsterdam il représente même 50 % du parc, soit un tiers des ménages. Le système repose sur le bail emphytéotique, c’est à dire un bail immobilier dont la durée est extrêmement longue. En général ce bail se conclut pour une durée de 99 ans, mais dans certains pays il peut aller jusqu’à 999 ans, comme au Kenya.

À Amsterdam, les particuliers sont propriétaires de leur logement, mais ils louent le terrain à la ville grâce au bail emphytéotique. C’est un système qui dissocie la propriété du foncier de celle du bâti. Solution lorgnée par les Français qui voient là une façon de contenir les prix du logement. Mais le système semble connaitre ses limites du côté de la ville aux canaux. La mesure qui se voulait sociale au départ, est décriée, car la mairie se ferait un vrai pactole de ses rentes sur les baux immobiliers dont le prix ne cesse d’augmenter. Le système est amené à se réformer.

Ville d’Amsterdam
© Kamanasish Debnath, CC BY-SA 4.0 httpscreativecommons.orglicensesby-sa4.0, via Wikimedia Commons

L’architecture au service de l’habitat social

Certains architectes montrent un véritable intérêt pour la conception de logements sociaux innovants, intégrant les problématiques que rencontrent les ensembles très urbanisés, comme le manque d’espace disponible. Ils témoignent d’une vraie volonté d’innovation au niveau de la maîtrise d’ouvrage pour l’habitat social.

Au japon, les habitations sont parfaitement atypiques et loin de nos standards européens. Certaines maisons de ville ne mesurent pas plus de 3,5 mètres de largeur, sur 13 mètres de profondeur. Pour compenser ces petits terrains, les maisons individuelles se construisent en hauteur, sur plusieurs niveaux, et les espaces vitrés sont très présents pour apporter un maximum de lumière. La double hauteur sous plafond et la luminosité des pièces jouent beaucoup sur l’impression d’espace. Une idée à adapter sous nos latitudes pour construire des logements pour tous.

En Egypte, le grand architecte mondial Hassan Fathy, met en avant les techniques constructives traditionnelles de terre crue. Ce matériau très bon marché et très disponible partout dans le monde, possède également des avantages au niveau de la conception d’un habitat écologique. Les matériaux de construction sont un moyen de concevoir du logement social, car les techniques ont évolué. De plus les enjeux climatiques et la nouvelle loi environnementale RE2020 exige que l’on se penche vers des modes constructifs plus durables et plus écologiques.

Au Chili, l’architecte Alejandro Aravena, remporte le prix Pritzker de 2016 pour sa réalisation de la Quinta Monroy. Suite à la demande du gouvernement chilien qui souhaitait trouver une solution pour loger une centaine de ménages qui occupaient illégalement un quartier chilien, l’architecte a pris le parti de construire sur le terrain exigu des logements sociaux pour les 100 familles, alors que le terrain ne pouvait accueillir que 30 ménages. Pour utiliser au mieux la parcelle, Alejandro Aravena a conçu des maisons groupées, disposées en rangers. Certes, les lots étaient très petits, mais les logements ont été optimisés et pensés pour évoluer dans le temps au rythme de l’évolution des familles. Des espaces communs ont été mis à la disposition des habitants du quartier pour agrandir les espaces de vie et favoriser les échanges.

La Tiny house américaine au service des plus modestes ?

Ces petites maisons mobiles se sont drôlement améliorées depuis leur apparition suite à l’ouragan Katrina, qui a complétement modifié le paysage de la Nouvelle Orléans. Ensuite, il y a eu la crise des subprimes qui a fini de convertir la population américaine qui trouve une solution à la crise économique qui se traduit par un effondrement du marché immobilier et par de nombreuses expulsions.

Aujourd’hui, les tiny houses disposent de tout le confort d’un habitat de plein pied et surtout : elles sont mobiles. Ce qui s’avère pratique lorsque l’on souhaite se rapprocher de son lieu de travail par exemple. C’est ce qui a attiré l’association un toit vers l’emploi, basée à Rouen qui a mis à la disposition des sans-abris deux tiny houses aménagées de 20 m². Pour avoir accès à la maison, c’est simple : il faut posséder un emploi et reverser 20 % de son salaire pour la location du logement. Le locataire peut garder la maison sur toute la période figurant sur son contrat de travail. Une excellente idée et une très belle initiative pour faciliter la réinsertion des plus modestes d’entre nous.

Un peu plus loin à Rezé en banlieue nantaise, sort de terre un village de tiny houses composé de 3 à 6 maisons sur un terrain de 6 700 m². La mairie apporte l’eau et l’électricité contre un loyer allant de 240 € à 300 €, plus la taxe d’aménagement. Les locataires du terrain s‘entendent sur les modalités du vivre ensemble. La mairie veut promouvoir l’habitat alternatif et expérimenter ces nouveaux modes d’habiter qui seront peut-être l’habitat social et écologique de demain.

Tiny House
© Ben Chun, CC BY-SA 2.0 httpscreativecommons.orglicensesby-sa2.0, via Wikimedia Commons

Cette année le prix Pritzker d’architecture est décerné à deux français qui revendiquent une architecture dédiée au bien-être du plus grand nombre !

Cette année le prix Pritzker qui récompense les meilleurs architectes du monde, a choisi d’honorer deux architectes français Anne Lacaton et Jean Philippe Vassal, pour l’ensemble de leur carrière. Le couple d’architecte qui privilégie la transformation de logements existants en milieu urbain ainsi que la générosité des espaces pour des budgets modestes est aussi reconnu pour sa vision de l’habitat social de demain :

« Leur travail, qui répond aux urgences climatiques et écologiques de notre temps autant qu'à ses urgences sociales, en particulier dans le domaine du logement urbain, redonne de la vigueur aux espoirs et aux rêves modernistes d'amélioration de la vie du plus grand nombre.

Ils ont montré que l’architecture peut avoir un grand impact sur nos communautés et contribuer à la prise de conscience que nous ne sommes pas seuls. » a estimé le jury de ce prix.

Le logement urbain qui devient un enjeu pour toutes les plus grandes villes qui voient exploser leur nombre de citadins, doit se repenser dans sa forme, pourvu qu’il réponde à des impératifs de bien-être, de confort et de durabilité. Un prix Pritzker en parfaite résonnance avec les préoccupations sociales actuelles.

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